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La révolution syrienne et la classe politique

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En 2011, des syriens et syriennes ont secoué la chape de plomb que Hafez Al-Assad avait posé sur la Syrie depuis 1970. Yahia Hakoum est de cette génération du début des années 1980 qui n’a connu que les hymnes à la gloire des Assad père et fils. Dès mars 2011, il fut dans les 1ers à rejoindre les manifestations pacifiques et a du fuir très rapidement son pays en raison de la répression féroce du régime. Il vit aujourd’hui en Europe, où il poursuit des études universitaires. Il nous a autorisé à reprendre certains de ses posts facebook que nous publions dans nos pages Témoignages.

Manifestation à Douma – 10 février 2017.
Photo Firas Abdullah – all rights reserved. With his kind permission.

La révolution syrienne et la classe politique

Par Yahia Hakoum.

Après plus de 40 ans de la dictature de la famille Assad, le peuple a dit ça suffit en 2011. Ma génération de jeunes, qui a vécu toute sa vie sous la dictature, était endoctrinée pour ne pas penser au changement et pour répéter des slogans comme « Assad est notre président éternel ». Malgré tout cela, cette génération a cassé le mur de la peur pour aller dans la rue et créer la liberté.

Ce mouvement a des origines socio-économiques bien sûr, mais surtout des origines politiques. Une génération qui a pu avoir accès à Internet et aux réseaux sociaux ne pouvait pas continuer à voir Assad comme le président éternel. C’est pourquoi, le 15 mars, nous sommes sortis à Damas malgré le risque énorme.

Le changement était le seul moyen pour avoir des perspectives d’avenir pour ma génération. Cependant, ma génération qui a lancé les protestations contre le régime de Damas n’avait aucune expérience politique. Nous avions une grande capacité à la mobilisation, mais nous étions sans aucune expérience politique ni un programme politique clair. Cela est dû à la répression pratiquée par le régime Assad depuis son arrivée au pouvoir en 1970.

Pendant la période 1970 -2011, la seule possibilité de vie politique était au sein du parti al-Baath. Être membre du parti al-Baath est obligatoire pour les étudiants, les militaires et les fonctionnaires, avec une absence totale de vie politique pluraliste.
Lorsque la révolution a commencé, elle avait un vrai besoin d’une classe politique pour la représenter à l’extérieur et pour la médiatiser. Ce besoin a été la porte par laquelle les vieux opposants à Assad sont entrés et ont occupé le premier rang au nom de la révolution et au nom de leur lutte historique contre ce régime.

Dans ce contexte, le Conseil national syrien est né le 15 septembre 2011. Ce conseil était formé essentiellement des opposants qui vivent à l’extérieur du pays et dont les noms ont commencé à être connus à l’époque au niveau médiatique. Alors que les protestations touchaient de plus en plus de villes et des villages en Syrie, les disputes sur les sièges dans ce conseil augmentaient aussi. Les opposants traditionnels ont été divisés entre les opposants de l’extérieur et ceux de l’intérieur, chaque groupe revendiquant sa légitimité et délégitimant l’autre, et c’est pendant ce temps que la Coalition nationale syrienne est née.  Mais les opposants se plaignaient toujours que cette coalition n’était pas représentative, donc des années ont passé mais les opposants ont échoué à former une seule opposition politique représentative.

Plusieurs facteurs ont été à la base de cet échec de l’opposition. Tout d’abord, l’opposition syrienne n’a pas eu un discours national qui touchait tous les Syriens. Son discours était toujours fait pour plaire aux révolutionnaires. Cela est dû, de mon point de vue, à deux raisons :

La première est que cette opposition a toujours eu un sentiment de non légitimité pour parler au nom des Syriens et la deuxième qu’elle a voulu utiliser le soutien de révolutionnaires contre les autres opposants dans la bataille de la représentation. Un autre problème de l’opposition est qu’elle était guidée par le mouvement à l’intérieur de pays qui avait commencé à répondre à la violence du régime par des appels à une intervention internationale. Donc l’opposition a lancé l’appel à l’armement par exemple, toujours pour plaire aux manifestants, alors que ce dont nous avions besoin à ce moment-là c’était d’essayer de diriger les révolutionnaires vers d’autres choix que les armes.

Mais le plus grand et profond problème de l’opposition reste celui de son attachement ou ses attachements aux forces influentes dans le conflit. Un groupe est attaché au Qatar et à la Turquie, un groupe à l’Égypte, un groupe à l’Arabie Saoudite et un groupe à la Russie. En même temps, au sein de chaque groupe, il y a des personnes attachées aux Occidentaux. Les groupes n’ont pas seulement profité du soutien de pays en leur faveur, ils ont aussi importé les conflits d’intérêts de ces forces pour les ajouter aux conflits entre eux. La corruption et la manque de transparence sont un autre grand problème dans le fonctionnement de l’opposition. Ajoutons à cela le favoritisme, pour que chaque opposant construise son réseau pour faire face aux autres opposants.

Au niveau du travail institutionnel, l’échec est flagrant, car pendant 8 ans cette opposition n’a pas réussi à travailler de manière institutionnelle organisée. Par conséquent, la révolution et les citoyens syriens, qui payent le prix le plus cher pour continuer la révolution et résister à la répression militaire du régime, se retrouvent avec une perte de crédibilité aux yeux de la communauté internationale, vu que jusqu’à aujourd’hui l’opposition reste incapable de s’organiser et de montrer qu’elle pourra être une alternative réelle au régime Assad. Le fait qu’une partie de l’opposition a accepté de participer à la négociation de paix russe à Astana a mis le processus de Genève à la marge, si on ajoute la présence de forces russes en Syrie comme point fort d’Astana. Cette désorganisation de l’opposition a donné une grande marge à la Russie pour créer son jeu politique loin du processus de Genève et des décisions du Conseil de sécurité.

Aujourd’hui, il est toujours possible de redonner vie à cette révolution si nous arrivons en tant que Syriens à mettre tous les efforts nationaux ensemble pour refonder l’Etat de droit en Syrie, loin des batailles idéologiques et loin des intérêts des forces régionales et internationales et de leurs conflits.

Yahia Hakoum, le 7 août 2018.

 

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