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Tout ce que je peux faire, c’est dessiner leur agonie !

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La Révolution syrienne, et la libération de la parole qui l’a accompagnée dès mars 2011, ont donné naissance à un foisonnement artistique, intellectuel, culturel inattendu et d’une grande richesse par sa diversité et la profondeur de son expression.

Malheureusement, la répression massive organisée par le Régime de Bachar Al-Assad tout autant que le traitement médiatique majoritaire, focalisé sur les aspects militaires et sécuritaires puis humanitaires, ont occulté cet aspect essentiel qui témoigne de la vivacité de la société civile syrienne.

Dans un post publié sur sa page facebook le 8 juillet 2019, l’activiste et journaliste citoyen Fareed Al-Ahloul, qui témoigne inlassablement depuis Idleb, a donné la parole à une artiste d’Idleb, Amany Al-Ali, qui nous livre sa passion pour l’art et la manière dont elle le conçoit afin d’alerter le Monde sur la souffrance de son peuple.

Fareed nous a autorisé à publier ici une traduction de ce témoignage, et nous l’en remercions.

Traduction par Fred Breton.

L’artiste syrienne Amani al-Ali
(Source page Facebook de Fareed al-Ahloul)

Tout ce que je peux faire, c’est dessiner leur agonie !

La peinture est ma passion et mon passe-temps ; cependant, les coutumes et les traditions conservatrices de notre communauté m’ont empêché de poursuivre ma pratique de la peinture. Je ne pouvais pas exercer mon passe-temps régulièrement, ni faire évoluer ma pratique du dessin quand j’étais jeune. Quand j’ai grandi et suis devenu une femme indépendante, j’ai pu reprendre cette part manquante de ma vie, ce qui fut un énorme défi pour moi.

La peinture est devenue toute ma vie… Je passe de longues journées et des heures derrière mon papier à dessin sans fatigue ni épuisement. 12 heures par jour avec mon pinceau me donnent la sensation que la peinture est tout ce que j’ai envie de faire dans la vie. C’est mon choix, le dessin est mon destin ultime, c’est à travers l’art que j’ai trouvé à nouveau un sens à ma vie.
Vivre ici ,en Syrie, m’offre l’avantage de tout voir, d’être proche de tout ce qui se passe et de pouvoir m’exprimer sur ces sujets à travers la peinture afin que le monde puisse voir et entendre notre agonie et la détresse dans le nord de la Syrie.

La plupart de mes peintures reflètent mes sensations et mes sentiments au moment où je réalise une œuvre. J’ai l’habitude d’être motivée par un événement particulier qui s’est produit à proximité ou par la critique des politiciens ou encore d’être inspirée par la douleur et la souffrance que nous vivons au quotidien en Syrie.

Il n’y a pas si longtemps, des familles déplacées sont arrivées dans notre ville en provenance du village rural de Kafar-roma, à Idleb. Ils ne pouvaient pas préparer des bonbons de l’Aïd, ni acheter de nouveaux vêtements pour leurs enfants à cause des bombardements intensifs sur leur village. Ils ont été malheureusement privés de pouvoir célébrer l’Aïd. Pour d’autres personnes, partout dans le monde, l’Aïd et les vacances sont l’occasion de célébrer ensemble et de passer d’heureux moments avec la famille, mais ici en Syrie, cette fête devient tragique.

Bien que tous les membres de ma famille vivent dans la même maison, contrairement à beaucoup de familles, les bombardements ont encore un impact sur moi. Même si je ne suis pas avec les gens sous les bombardements, je me sens avec eux, et mon cœur est brisé par ce qu’ils traversent. Je me sens impuissante et dans l’obligation d’agir et de faire quelque chose pour aider ces familles et les victimes dont la seule culpabilité est d’être né syriens ! En fin de compte, tout ce que je peux faire, c’est de dessiner pour illustrer leur agonie, leur souffrance et la mienne dans l’espoir de faire entendre leurs voix en dehors de la Syrie ! Je pense que si tous ceux qui croient aux nobles valeurs de l’humanité nous soutenaient comme ils le peuvent, nous ne serions pas dans cette situation.

Malgré tout ce qui s’est passé, je crois toujours en la Révolution syrienne et à la nécessité de continuer sur notre chemin jusqu’à ce que notre Syrie soit libre ! J’espère que la mort et les meurtres s’arrêteront bientôt pour que le monde entier puisse voir à quel point la réalité est cruelle ici et à quel point combien la situation est catastrophique à Idleb.

J’espère être capable d’envoyer aux gens du monde entier le message auquel je crois vraiment. Une fois, j’ai participé à une exposition dans une galerie aux Pays-Bas et à une autre au Royaume-Uni qui ont toutes deux fait une sensation sur la Syrie et sur ce qui se passe ici. J’espère pouvoir un jour réaliser une exposition similaire à travers le monde, et aussi ici, à Idleb, dans les rues de ma ville sans craindre les attaques d’avions de guerre d’Assad-Poutine ! Une exposition à Idleb où sont nés et ont grandi mes talents de peintre pour pouvoir toucher des pays éloignés tout à travers le monde.

Amany Al-Ali
Artist living in #Ildlib

Dessin de Amany Al-Ali
réalisé à l’occasion de la Coupe du Monde 2018 en Russie

 

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