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Nabil Fayad, le Céline de la Syrie et furet du piège «chrétien» du régime Assad

Le 11 novembre dernier, dans Salut les Terriens, Karl Lagerfeld, le plus français des tailleurs allemands célèbre pour son débit verbal de mitraillette, se livrait à un raccourci historique digne des gens dont Michel Audiard faisait dire à Lino Ventura dans Les Tontons Flingueurs qu’ils «osent tout» et que «c’est même à ça qu’on les reconnaît».

Après l’entrée en force des néo-nazis de l’AfD au Bundestag, le Parlement allemand, Lagerfeld criblait sa Chancelière, Angela Merkel, l’accusant d’avoir provoqué cette poussée d’extrême droite par sa politique d’accueil de réfugiés depuis 2015. Et le «Fashion Kaiser» enfonçait le clou en citant un jeune Syrien qui aurait tenu à son nouvel employeur en Allemagne des propos élogieux de la Shoah. La leçon d’histoire qu’en tirait le Professeur Lagerfeld ? «On ne peut pas, même s’il y a des décennies entre [les deux], tuer des millions de juifs pour faire venir des millions de leurs pires ennemis après.»

Bref : un Syrien moche représente tous les Syriens (c’est d’ailleurs ce que Bachar el-Assad se tue à nous dire depuis 2011 …), la république fédérale d’aujourd’hui et le Troisième Reich, c’est pareil, et en accueillant des réfugiés fuyant la dictature, Angela Merkel prolonge les atrocités d’Adolf Hitler. Les pontes de la dictature damascène et leurs soutiens d’ici ont dû proposer à Lagerfeld une médaille et/ou la citoyenneté d’honneur de la Syrie tant ils n’auraient pas mieux dit.

Si Karl Lagerfeld se sent à ce point honteux de son Allemagne qu’il veut défendre une minorité persécutée sous les pires heures de l’histoire allemande contre une démocratie qui, elle, reçoit sur son sol des réfugiés que d’autres rejettent comme était jadis rejetés ces Juifs allemands en fuite, alors il faudrait lui parler de quelqu’un qui ne le rendra pas plus fier de la Syrie d’Assad qu’il défend à demi-mot.

De taupe du régime …

L’individu s’appelle Nabil Fayad. Il est écrivain, mais pendant des années, ses ouvrages étaient censurés par les services de renseignement syrien. Il était donc publié à Beyrouth, d’où sa prose remportait dans les pays arabes et en Syrie même un succès considérable. Un Havel ou Soljentisyne syrien ? Que nenni. Nabil Fayad est un propagateur de la haine, et si ses livres furent un temps les bêtes noires de la Mukhabarat de Damas, leur auteur ne saurait être plus proche d’elle.

Damascène, il était à l’époque proche de la communauté juive, ayant lié amitié avec nombre des rabbins de Damas et pris ses habitudes dans l’importante communauté juive de la capitale syrienne. Seulement, ce n’était que pour mieux entraîner ces rabbins dans des pièges inimaginables, car sa mission, confiée par le régime de Hafez al-Assad, était d’infiltrer les Juifs de Syrie, au cas où ceux-ci se seraient par trop reconnus en l’ennemi israélien d’outre-Golan.

Nabil Fayad

Puis sa haine s’est faite jour dans ses ouvrages, tous dédiés à la propagande contre les religions. Une propagande obsessionnelle jusqu’à l’absurde, comme l’indique le titre de son ouvrage La mère des croyants dévore ses enfants, où il s’acharne sur Aïcha, l’épouse du prophète Mahomet. Au mépris même de la Constitution qui veut que le Président de la République arabe syrienne soit musulman …

 

 

La couverture du livre La mère des croyants dévore ses enfants, de Nabil Fayad

… A Céline syrien

A l’heure où Gallimard s’étouffe d’avoir dû revenir sur sa décision de republier les pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Destouches alias Céline, l’écrivain dont Pierre Perret chante avec tant de raison que «le racisme chez [lui] polluait le talent», la maison d’édition pourrait bien se sentir mal si elle découvrait Nabil Fayad, chez qui le talent n’y est pas mais qui, en matière de racisme, n’a rien à envier à son aîné français.

Dans ses lignes, Nabil Fayad propageait d’abord dans les milieux intellectuels en Syrie que les Juifs de Damas achetaient du sang de Chrétiens ou de Musulmans et s’en servaient pour préparer des pâtisseries, puisqu’ils ne pouvaient plus, comme jadis, enlever des prêtres chrétiens ou des imams … Les délires des années 2000 du Hezbollah libanais sur sa chaîne Al Manar, où les Juifs étaient montrés comme vidant les enfants libanais et palestiniens de leur sang pour confectionner avec des matsot, le pain azyme traditionnel composé de farine et d’eau, ne sont pas loin.

Le conflit syrien a vu Nabil Fayad changer non discours, mais de cible. Désormais, ses boucs-émissaires étaient les islamistes, ces bêtes noires historiques du régime qui n’avait pas hésité à massacrer deux mille d’entre eux à Hama, la ville du nord-ouest où le mouvement des Frères musulmans de Syrie avait tenté une première insurrection contre le régime en février 1982. A la tête des troupes syriennes ayant maté la rébellion se trouvait Rifaat al-Assad, frère de Hafez al-Assad, oncle de Bachar et qui vit désormais tranquille à Paris.

En 2014, voilà donc les islamistes eux aussi adeptes de sang chrétien mais moins bons pâtissiers que les Juifs. Son clavier déchaîné sur les réseaux sociaux faisait d’une bouteille de ce sang chrétien une rareté acquise à 100 000 $, que ses acquéreurs islamistes s’amusaient ensuite à boire … On est loin de la subtilité d’un Céline. Mais la haine y est.

Le 14 janvier 2014, Nabil Fayad relayait sur son compte Facebook un soi-disant site d’information affichant le message suivant : «Les islamistes syriens vendent la bouteille de sang chrétien à 100 000 dollars. Les islamistes en Syrie ont vendu le sang des chrétiens syriens aux Saoudiens. En Arabie saoudite, on achète ce sang à ce prix, car selon leur croyance, quand on lave les mains avec le sang de la victime on s’approche de Dieu …»

Le furet du piège «chrétien» du régime

Et cette haine a bien choisi son moment pour changer de braquet.

Car 2014, c’était l’année de la montée en puissance de Daesh en Irak et en Syrie. De ces villages chrétiens d’Irak envahis par la horde jihadiste. Des «noun», ces n arabes pour «nasrani», «chrétien», peints en rouge sur les maisons de Chrétiens. De ces hommes convertis de force à l’Islam puis circoncis malgré eux, laissés nus à terre, le pénis en sang.

L’année de l’horreur que ressentait face à ces exactions un Occident qui n’en avait strictement rien eu à foutre quand, depuis 2011, elles se destinaient aux islamistes dont le même Occident s’est ensuite plaint du poids qu’ils ont pris dans l’opposition aux Assad. A qui la faute ?

Il fallait donc que le régime décrié se pose en défenseur des Chrétiens, et auprès d’un Occident qui l’est aussi, ce serait pour lui le gros lot. Poursuivre les massacres de civils, mais prétendre qu’ils haïssaient les Chrétiens et le tour est joué. Pour piéger le «lapin crétin» d’Occident, obstruer le terrier de la morale et envoyer ensuite ses furets – parmi lesquels un écrivain nommé Nabil Fayad.

En 2013, le polémiste antisémite Dieudonné remet une «Quenelle d’Or» aux représentants de Bachar al-Assad en France

La plupart du temps sans le savoir, du moins chez les Occidentaux, quiconque prétend défendre les Chrétiens de Syrie au prix du soutien au régime Assad se place dans le même camp qu’Fayad, tout comme d’autres Occidentaux choisissent d’embrasser la cause palestinienne au prix de l’antisémitisme et se retrouvent sur le même bateau (dans le même U-Boot ?) que Dieudonné, Soral et consorts – au demeurant fervents soutiens eux aussi du régime Assad.

Tout se tient.

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